
Après avoir passé les premiers jours de notre séjour dans la vallée de Katmandou, nous nous réjouissons de partir enfin en immersion dans une famille Newar de Panauti. Nous prenons la route avec impatience et découvrons sur le trajet les multiples fabriques de briques.

Peu avant d’arriver à Panauti, nous apercevons les nouvelles constructions népalaises tout en béton repeint de couleurs vives. Jean-Yves et moi ne partageons pas le même point de vue sur ces habitations. Aussi nous vous laisserons le soin de vous faire une idée par vous-mêmes.

Ici ou là, nous apercevons des petites tâches de couleurs vives qui s’activent dans des enclos entourés de champs de pommes de terre tout en fleur en ce début de printemps. Il s’agit souvent de femmes qui travaillent dans les briqueteries et qui installent patiemment les briques au soleil pour les faire sécher.

Le trajet est assez rapide et nous voici déjà arrivés au siège de l’association des femmes de Panauti. C’est toujours avec une certaine émotion que nous allons rencontrer pour la première fois nos hôtes. Chaque voyage en immersion est l’occasion de vivre de belles découvertes et de vives émotions. C’est toujours touchant de savoir qu’une famille nous attend et est prête à partager son quotidien avec nous sans nous connaître. C’est l’occasion de faire un saut dans l’inconnu, de découvrir une nouvelle culture, de s’immerger dans le quotidien d’une famille, d’en percevoir quelques bribes, de comprendre certains aspects. C’est aussi accepter de ne pas tout comprendre, de ne pas chercher à tout maitriser, de respecter les mystères des uns et des autres, de rester avec certaines questions en suspens.

Vivre une immersion, c’est résister à la tentation de tout saisir en quelques jours, c’est accepter de faire des boulettes qui feront rire les autres et qui créeront des souvenirs en commun. C’est accepter de se laisser bousculer, d’avoir envie d’en apprendre un peu plus et c’est la garantie de vouloir ensuite changer quelques petites choses dans nos propres vies d’occidentaux.

C’est donc ici que nous faisons la rencontre avec notre hôte Ashish qui nous accueillera chez sa mère, avec sa femme et sa sœur.

Après les échanges de politesse d’usage comme la remise de superbes colliers de fleurs et la marque d’une tikka rouge sur nos fronts, nous allons maintenant découvrir la maison de Minnah, là où nous allons être hébergés.

Notre petite chambre est sobre mais délicatement décorée. Les lits sont bien fermes ce qui sera propice à un repos de qualité.

Dans le petit escalier, nous repérons l’autel dédié aux divinités. Les Newari, d’après ce que nous en avons compris, sont souvent attachés au bouddhisme mais ils honorent aussi les divinités hindouistes comme Ganesh, Shiva ou Durga.

Après un petit temps de repos, c’est l’heure de nous retrouver dans la cuisine de Minnah pour notre première leçon de cuisine népalaise. Comme il est inscrit sur le mur, ici la cuisine c’est le cœur de la maison.

Cuisine fraîcheur comme c’est toujours le cas au Népal avec des épinards tout frais cueillis du jardin. Minnah s’active autour du gaz. Le riz est mis à tremper car il faut le laver de son amidon et de ses impuretés selon la tradition ayurvédique.

Minnah maîtrise parfaitement sa recette du Dhal Bhat, le plat national Népalais qui donne de la force et de l’énergie pour 24 heures comme le proclament tous les tee-shirts vendus dans les échoppes de Katmandu.

Juste ce qu’il faut d’épices locales, une cocotte pour les lentilles, un wok pour les papadams et le tour est joué.

Juste après avoir dégusté ce délicieux repas, nous savourons la vie paisible et le soir qui s’installe sur le village. Chacun vaque tranquillement à ses occupations dans les jardins environnants.

Deux femmes papotent dans un coin tandis qu’un groupe d’hommes se retrouvent pour échanger au bout d’un champ.

La région de Panauti étant une région agricole, nombreuses sont les serres construites en bambou qui abritent les cultures aux alentours.

Comme dans beaucoup d’endroits au Népal, le jardin de Minnah est construit en terrasse. C’est un travail d’entretien à renouveler tous les ans.

Après une bonne nuit de sommeil, réveil matinal, la rue s’anime des nombreuses personnes qui vont et viennent à pied, à vélo, à moto ou encore en bus.

Nous avons la chance d’aller à la découverte du peuple Newar et de ses traditions en compagnie d’Ashish. Il est passionné par sa culture tout en étant un jeune homme bien de son temps, connecté et bientôt papa.

Premier arrêt dans le garage du voisin qui malgré sa jeunesse a déjà beaucoup de talent pour la sculpture du bois.

Nous sommes ébahis en le regardant manier ses différents outils avec dextérité pour faire apparaître les sculptures d’une des futures portes d’un temple abîmé par le dernier tremblement de terre à Bhaktapur. Le jeune homme sort tout juste de l’école qui a été fondée à Panauti pour former les futurs artisans restaurateurs sous l’égide de l’Unesco.

Il est temps de plonger au cœur même du village et d’aller arpenter à la rencontre de ses habitants. C’est assez facile avec Ashsih car il connaît tout le monde.

Nos regards sont attirés par ce qui nous semble inhabituel et nous sommes à chaque fois impressionnés par la force des femmes Sherpas.

Pénétrer dans le village, c’est goûter la vie à un autre rythme. C’est vivre une autre temporalité, celle où l’on prend encore le temps d’ajuster la balance avant d’annoncer le prix d’une commande.

Déambuler dans le village, c’est retrouver des gestes et des travaux certes physiques mais qui laissent du temps et de l’espace pour la méditation.

C’est retrouver à chaque coin de rue, de la vie, des couleurs, des échanges en cours.

Faire ses courses dans les petites échoppes du village, c’est redécouvrir qu’il n’est pas toujours besoin de choses compliquées pour calculer les prix et que la confiance entre l’acheteur et le commerçant passe avant tout par les échanges de vive voix.

Arpenter les ruelles du village, c’est passer en quelques instants de l’ombre…

…à la lumière et c’est apprécier chaque instant avec son lot de surprises.

C’est réapprendre que la rue n’est pas dangereuse et qu’elle peut être un lieu merveilleux pour qui sait encore prendre le temps de s’installer sur une marche pour apprécier les rayons du soleil.

Marcher dans les pas d’Ashish, c’est comprendre que l’on peut être vraiment heureux avec peu de choses et que l’essentiel se tient parfois bien loin de la modernité.

Tout au long de notre parcours, il y aura des petites gargotes où il fait bon déguster un beignet ou savourer un thé tchai déjà en ébullition dans la casserole. Un thé qui n’attend que des amateurs pour être dégusté.

Et surtout déambuler dans les rues de la ville, c’est avoir l’assurance de rencontrer de belles personnes si on se tient ouvert à la rencontre.

C’est toucher du doigt qu’il n’est pas toujours besoin de longs discours pour partager une même émotion et se sentir en communion.

Il suffit souvent d’un sourire pour établir la connexion au-delà des mots et cela laisse des souvenirs impérissables.

Parcourir les ruelles de la petite cité, c’est passer sans transition du quotidien brut…

… au religieux et du religieux au…

…labeur du quotidien. Un va-et-vient permanent qui semble si naturel ici qu’on en oublie que la vie peut être toute autre à des milliers de kilomètres d’ici.

Plonger dans la vie de tous les jours de ces habitants, c’est se rappeler sans cesse qu’il faut savoir prendre son temps, se poser ici ou là et se laisser le temps d’accueillir ce qui vient.

C’est découvrir que les enfants apprennent dès le plus jeune âge à identifier leurs émotions pour savoir comment vivre avec elles sans que cela ne pèse lourd sur leur journée.

C’est savourer de prendre le temps de flâner et s’échanger à un tout autre rythme que le rythme effréné de nos modes de vie occidentaux. C’est apprécier la douceur de vivre ambiante malgré les coups durs, malgré les difficultés, malgré la sécheresse ou les inondations.

C’est reconnaître que les petites échoppes ont quand même beaucoup plus de charme que nos surfaces commerciales de plus en plus démesurées.

C’est jongler entre la modernité et un autre temps pas si éloigné, toujours bien présent ici et c’est espérer que les Népalais sauront trouver le juste équilibre entre les deux pour envisager l’avenir.

Pénétrer ce monde, c’est entrouvrir une porte qui nous fait réfléchir sur nos choix de vie et qui nous fait prendre la mesure qu’un autre monde est possible.

C’est envisager l’attente comme une chance et non comme une contrainte. C’est envisager d’autres possibles et d’autres relations.

Nous voilà de retour chez Minnah qui discute tranquillement dans le jardin avec Susannah.

Emplies de joie, touchantes de simplicité, toujours prêtes à accueillir ce qui vient, ces femmes sont vraiment belles sous le soleil. Elles nous rappellent que la vie est précieuse et que c’est dans le terreau du quotidien que les plus belles fleurs de la joie et de la bienveillance peuvent s’épanouir.

Elles nous rappellent que face à un problème, il n’y a que des solutions et qu’il suffit souvent d’un petit banc pour surmonter les difficultés.

A quelques kilomètres de Panauti, il existe un superbe pont suspendu. C’est une bonne transition pour conclure cet article. La vie n’est-ce pas cette recherche incessante d’équilibre? Un équilibre entre la modernité et le monde ancien, entre la vitesse et la douceur de vivre, entre le progrès et la course folle à l’innovation, entre le vide et le trop-plein, entre mille et un choix. Et tout comme lors de la traversée d’un pont suspendu, il arrive que ça tangue un peu, beaucoup voir même très fort. Il convient alors de stabiliser la situation avant d’avancer plus en avant et de retrouver l’équilibre qui nous appartient. Il nous appartient à chacun de trouver nos propres vibrations pour la traversée de la vie et dans ce domaine, nos amis Népalais nous ont beaucoup appris.
Par Nathalie