English version : https://nathjy.travel.blog/2020/06/25/everyday-gestures-around-the-world/





Il est des gestes millénaires, témoins du passé, ancrés dans le quotidien, gardiens de notre futur…

Il se peut que certains d’entre vous n’aient jamais eu la chance de pratiquer ou de voir ces gestes millénaires en œuvre, trop affairés que nous sommes derrière nos écrans. Ils sont souvent l’occasion de faire équipe, de créer des liens, de faire connaissance. J’aime à penser que ces gestes persistent ici ou là, intemporels, a-culturels et surtout sans frontières. J’aime ces gestes du quotidien qui nous ramènent à l’essentiel. L’essentiel, l’essence de notre vie ?

J’aime regarder ces mains qui travaillent la matière pour lui donner corps, pour la transformer.




J’aime ces mains qui lavent, purifient inlassablement près des fleuves et des rivières. Ces mains expertes pour rendre la blancheur des vêtements, pour raviver la couleur, pour purifier la vaisselle. J’aime ces gestes par milliers qu’il ne faudra jamais oublier.

Je me souviens encore, comme si c’était hier, de ces pêcheurs croisés au Caire, alors qu’ils travaillaient en groupe, sur leurs petites embarcations. Ils étaient amarrés dans une petite niche du Nil, derrière les roseaux. Chacun était affairé à préparer la pêche du lendemain, à démêler les filets, à les réparer.





Je me souviens avec émotion de ces pêcheurs croisés à moult reprises sur le port d’Essaouira. Ils préparent les cordes, celles qui rafistolent ou tissent les filets, de leurs mains expertes, burinées par le sel et le soleil, avec leurs mains aux articulations gonflées par l’âge et le travail, grâce à leurs mains qui maitrisent parfaitement le geste. Sur le quai, à quelques encablures de là, il y a les mains qui préparent les appâts. Les veines du bras saillantes car le geste est mille fois répété et totalement contrôlé pour ne pas risquer de se blesser.


Sur le port d’Essaouira
Je me souviens du petit sourire qui accompagne le travail bien fait et de la langue qui pointe et manifeste un haut niveau de concentration et d’expertise.
Derrière tous ces gestes, je me souviens de vos mains à chacun. Ses mains que nous avons tant admirées, photographiées pour les partager, pour ne pas oublier. Derrière chacun de ces gestes, je me souviens aussi de nos rencontres, de ces précieux moments où nous avons partagé bien plus qu’un savoir-faire mais avant-tout un savoir-être ensemble.





Me reviennent aussi les pêcheurs de cette petite baie près de Cochin au Kerala. Les hommes profitent de ce travail pour en faire un vrai moment d’échanges. Au-delà des fils qui se tissent, c’est l’humanité qui tisse sa grande toile. Certains sont à l’abri d’une immense bâche pour se protéger de la morsure du soleil. Ils sont assis , enfoncés dans le moelleux des filets d’un rouge beaucoup plus vif que ceux d’Essaouira. Les mains expertes savent exactement par où commencer. Ici aussi on prend le temps d’admirer le travail bien fait. Il y a aussi l’homme qui s’isole pour profiter de l’ombre d’un grand palmier. Dans sa main, la navette va et vient dans un geste parfaitement maîtrisé.




Je n’oublie pas, surtout pas, ces mains qui pétrissent, nourrissent, épluchent, pèlent, cuisent pour leur famille et pour leurs amis. Tant de recettes échangées, tant de rires partagés quand le geste ou la posture n’est pas maîtrisé par l’élève.




Gestes partagés, enseignés et qui donnent des saveurs inégalées. Se remémorer les gestes dans l’ordre pour recréer le goût espéré.




Il est des gestes plus artistiques qui peuvent créer de véritables œuvres d’art. Les mains se font délicatesse pour jongler avec les fils et produire le chef d’œuvre espéré. La mémoire est aussi de la partie car il faut compter, ordonner et ne rien oublier.





Je pense enfin aux gestes plus techniques, comme la récolte du latex, la cueillette du thé, ou encore comme le geste du potier. Ils représentent des savoir-faire ancestraux que nous ne devons pas négliger. Ces gestes dont l’essence ne devra pas être remplacée par une machine.
Soigner, rafistoler, guérir, tisser, nourrir, pêcher, pétrir, extraire, cueillir, tant de gestes qui nous révèlent la beauté, la grandeur des petites choses et qui nous font nous émerveiller.
Par Nathalie
Merci de nous entraîner si loin des « gestes barrières »
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Et il y a le geste qui est le vôtre, avec Jean-Yves: celui de prendre votre jolie plume et de laisser dérouler les mots. Ces mots qui nous emmènent en voyagent et qui illustrent si bien vos images 🙂
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