Flânerie et belle rencontre dans la Médina…

English version : https://nathjy.travel.blog/2020/06/27/stroll-and-beautiful-meeting-in-the-medina/

Comme tous les matins, elle va faire quelques courses, avec son amie Souirie, dans le souk situé au coeur de la Médina d’Essaouira. En premier lieu, elles ont prévu de passer chez le marchand d’olives. Celui qui tient la petite boutique, au tout début de l’avenue Mohamed Zerktouni et qui arbore toujours son plus beau sourire. Petite barbichette bien taillée, un grain de beauté sous l’œil gauche, il a toujours les mains luisantes à force de les plonger dans l’huile d’olive. Il sert ses clients avec amour et se délecte dès qu’il les voit déguster ses olives. Il est si généreux qu’il rajoute au moins le double d’olives, une fois pesées, pour vous faire un petit cadeau. Ses olives sont présentées sous forme de cônes bien alignés. C’est un ravissement pour nos regards d’européens en quête de beauté.

En contrebas de son échoppe, le long du trottoir, les porteurs attendent d’être embauchés. Ils sont bien alignés tout au long de la rue et devisent sur l’actualité du moment. Ici, c’est le meilleur moyen de se faire livrer étant donné l’exiguïté des rues. Il n’y a aucun accès pour les voitures. C’est d’ailleurs ce qui fait le charme de la Médina. Certains hôtels, restaurants utilisent ces charrettes pour se faire de la pub et rivalisent d’originalité pour se mettre en scène. Sur l’une d’elles, toute de bleu repeinte, on découvre un panneau routier indiquant Essaouira Wind city, Essaouira la cité du vent.

Charrettes des porteurs dans les rues de la Médina

L’avenue commence à s’animer, il faut maintenant avancer dans la liste de courses. Son amie souirie lui rappelle qu’il faut acheter un citron pour assaisonner la salade de tomates. Elles entrent dans le célèbre souk aux fruits et légumes. Des américains sont là avec leur caméra. Ils semblent complétement déboussolés. Il faut dire que cela n’a pas grand-chose à voir avec leurs célèbres centres commerciaux, temple de la consommation à outrance. Ici, on prend le temps de choisir, de goûter. C’est un lieu immuable, dans lequel il règne une ambiance toute particulière. Il y a le marchand de thé qui chauffe ses bouilloires en permanence et dont le jeune serveur traverse le marché en tous sens pour apporter aux commerçants et aux clients, le breuvage qui célèbre l’amitié.

A l’entrée du souk, son amie souirie commande 30 g de cumin fraîchement moulu, 20 g de coriandre et 50 g de curcuma. C’est pour la cuisine d’aujourd’hui, elles reviendront demain si besoin. A quoi bon, acheter trop d’épices d’un seul coup ? Ceux-ci risqueraient de s’éventer, alors qu’il est si simple de se fournir au jour le jour. Chez le deuxième marchand de primeur sur le côté gauche du souk, elle tâte, de ses mains expertes, les tomates, puis goûte les petits pois. Il n’est pas non plus question d’acheter n’importe quoi. Tout cela n’a décidément rien à voir avec les rythmes effrénés avec lesquels les européens font leurs courses dans les magasins. Un peu plus loin, elle n’oublie pas de prendre 100 g de vermicelles pour la soupe marocaine du soir. Elle s’assoit ensuite quelques minutes, sur les sacs remplis de semoule pour demander des nouvelles d’unetelle ou d’untel. Les marchands sont patients et apprécient eux aussi de pouvoir échanger quelques instants. Pendant, ce temps-là, notre européenne savoure les petits étals colorés de toutes sortes de fruits et légumes. Un jeune marchand de légumes lance depuis son comptoir, les paniers en plastique de couleurs vives, rafistolés un nombre incalculable de fois, aux ménagères souiries qui font la queue devant son étal. L’européenne ne comprend pas grand-chose aux échanges mais cela n’a aucune importance ; le temps s’écoule autrement dans la Médina. Elle sait que le repas sera bon, qu’elle retrouvera le goût des oranges de son enfance, qu’il y aura des pépins dans les oranges et que les cosses des petits pois seront bien garnies.

Le temps est venu de sortir du souk et de reprendre l’avenue M. Zerktouni. Les marchands ambulants sont maintenant tous installés et leurs étals sont chargés de pains plats, de poissons, de dattes… de fraises aussi qui viennent tout juste d’arriver de la plaine d’Agadir. Comment résister au sourire charmeur du vendeur ?

Au retour, elles passent par les petites ruelles, devant le café chez Soufiane, là où la cuisinière s’attelle à préparer les tajines, que viendront déguster les pêcheurs, à leur retour du port. Notre amie souirie dépose les courses dans le Riyad et s’empresse de repartir car elle est déjà en retard. Il est 10 heures, c’est l’heure pour l’européenne et son compagnon d’aller se perdre dans la Médina. A la sortie du Riyad, ils croisent un jeune enfant qui attend sagement sa mère, adossé contre le mur, sur lequel un artiste a peint un immense chat aux moustaches. Sa mère fait la queue à la pâtisserie juste en face, là où les gâteaux à la crème ne coûtent que 30 centimes. Au sol, un chat roux et blanc mange les restes d’un poulet, qui ont été déposé là à l’intention de tous les chats du quartier.

Nos amis choisissent d’emprunter la rue Ibn Khaldoum, celle qui déborde de vie aux alentours de 13 heures, à la sortie de l’école. Pour le moment, c’est plutôt calme, et ils peuvent s’arrêter pour admirer l’échoppe du marchand de fils de soie. Ils s’extasient devant les mille et un fils savamment rangés, qui forment des micro-vagues multicolores. C’est avec ses fils que le tisserand, dont l’échoppe est située à quelques mètres, réalisera les tentures chamarrées qui ornent les ruelles. Alors qu’ils sillonnent la rue, les fils tendus entre les différentes échoppes, s’emmêlent dans leurs cheveux. Ils font attention à ne pas perturber les artistes à l’œuvre et échangent quelques sourires.

Au sortir de la rue Ibn Khaldoum, ils se dirigent vers la gauche, du côté de la Baab Marrakech, pour finalement rejoindre les allées paysagées, juste derrière le Borj Bab Marrakech. En chemin, ils croisent le vendeur de thé ambulant du café Touba. Il est reconnaissable à son vélo à trois roues, repeint en noir et blanc et chargé de théières et de gobelets.

Dans les allées paysagées, les jardiniers sont au travail et désherbent les massifs au pied des palmiers. Ils sont trois, arborant fièrement leur nouvelle tenue orange et verte. Des palmiers nains, en forme d’éventails, ondulent sous la brise légère. Derrière, on aperçoit une jolie porte bleue bien insérée dans la vieille muraille. On a bien envie d’entrouvrir la porte pour découvrir ce que l’on imagine être un havre de détente.

Le soleil brille de mille feux et il est temps de rejoindre les ruelles plus ombragées de la Médina. Sur les marches d’une porte séculaire, un jeune homme est plongé dans un roman. Il est tellement absorbé par sa lecture que les passants, qui ne cessent d’aller et venir devant lui, ne le perturbent même pas.

Nos voyageurs effectuent ensuite un passage rapide par l’avenue du Caire pour aller admirer la restauration effectuée sur les bâtiments à l’angle de la rue.  A quelques mètres de là, devant l’une des portes restaurées avec goût, un petit chat se resserre dans le seul coin encore au soleil. Dans ce quartier l’ombre a reconquis du terrain. La Médina nous livre un éternel combat entre l’ombre et le soleil. Chaque coin de rue nous invite à deviner qui de l’un ou de l’autre aura pris le dessus. Devant l’office du tourisme, un homme au burnous rayé noir et gris a remonté sa capuche pointue pour se protéger de la fraîcheur à l’ombre des grands murs. Pendant ce temps, un porteur livre la précieuse huile d’argan à la coopérative féminine qui est installée au milieu de la rue.

De l’autre côté de la rue, à travers la petite porte, on devine que la pharmacie Hamad est ouverte. Sur la petite place désormais ombragée, quelques touristes sirotent une boisson au café de l’horloge. Le coin est paisible et reposant.

Après quelques hésitations, nos amis préfèrent se diriger vers les trois portes, dans l’avenue Oqb Ibn Najraa, qui est encore ensoleillée. Un homme africain, tout de blanc vêtu, médite. Il est assis sur un petit banc de plastique jauni, face au canon scellé devant l’une des portes. A quoi pense-t-il en cet instant ? Ses vêtements sont éblouissants dans les reflets du soleil et contrastent avec l’ombre que l’on aperçoit sous les doubles portes.

Les portes franchies, et malgré les travaux au coin de la rue, nos voyageurs décident d’emprunter la rue Al Atarine. Il faut dire qu’elle a aperçu, sur le côté gauche, un étalage très coloré de babouches. Elle n’oublie pas qu’ils ont des commandes à honorer…

Le magasin a un joli nom, il s’appelle « La main de Fatma ». L’étal est soigné. Son compagnon, quant à lui, y repère vite quelques jolies boucles d’oreille qu’il aimerait bien lui offrir. Il sait qu’elle aime le bleu plus que tout. Il aperçoit justement dans la vitrine deux paires de boucles d’oreilles d’un bleu turquoise intense. Celles-ci se marieraient parfaitement avec les yeux de sa compagne. Ces yeux sous le charme desquels il tombe à chaque fois que leurs regards se croisent. Il a maintenant le regard aiguisé des hommes qui aiment offrir les petites surprises qu’ils ont dénichées chez des artisans ici ou là. Il ne se trompe jamais dans ses choix. Qui plus est, pour une fois, le vendeur ne se précipite pas sur eux pour les contraindre à entrer. C’est bon signe. Il est temps d’entrer faire connaissance.

En quelques secondes, le lien est établi. Le boutiquier se démène pour trouver les tailles de babouches qui correspondent aux couleurs désirées. Une paire de 16 bleues et une paire de 18 rouges pour un de leurs petit-fils, une paire de 38 bleues turquoises et encore deux autres paires pour la famille en Suisse. En bon commerçant, il en profite pour présenter une paire de babouches travaillées et bénéficiant d’un petit talon. Elles sont irrésistibles et très confortables, évidemment… Le jeune boutiquier se nomme Amine et est fort sympathique. Il emballe avec soin toutes les babouches, puis présente avec délicatesse les boucles d’oreilles. Il donne aussi quelques bons conseils.

Une fois, les achats effectués, c’est le moment d’échanger un peu plus et de partager quelques blagues. Et de fil en aiguille, il leur partage ses rêves, ses projets, tandis qu’ils lui racontent leur vie et les combats qu’ils mènent en Europe, en faveur d’un monde plus solidaire. L’échange est vraiment très sympathique, parsemé d’humour. Il faut dire que leur hôte est exceptionnel et sait manier l’humour avec tact. Il leur confie ensuite la boutique, le temps d’aller chercher un thé au coin de la rue.

C’est toujours l’heure du thé dans la Médina et ce moment est précieux. Ils en arrivent à se demander comment leur monde soit disant civilisé a pu basculer dans une telle frénésie de vitesse. Cette vitesse qui conduit si souvent à ne plus savoir prendre le temps de déguster, de savourer, de s’imprégner des bons moments partagés. La Médina et ses vendeurs, comme Amine, leur donnent une belle leçon d’humanité, leur permettent d’entrer dans une autre temporalité, celle où les relations humaines et les échanges sont privilégiés sur la rentabilité.

Par Nathalie

Un commentaire Ajouter un commentaire

  1. Avatar de Amal Amal dit :

    C un guide en poésie pour se perdre dans le temps d’Essaouira, belle et très adéquate apposition des images sur le texte à chaque fois

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