Sans voix…face au chaos…

English version : https://nathjy.travel.blog/2020/08/09/speechless-in-the-face-of-chaos/

From Grégoire Rouxel / avec le soutien d’Hugo Clémentk

Je m’appelle Hector,  je suis un petit crabe. Je vis à proximité d’une île que, de mon petit bout de lorgnette, je considérais, jusqu’à ce jour, comme un petit coin de paradis.

From Grégoire Rouxel

Depuis quelques temps déjà,  il m’a semblé que la situation était devenue bien différente. Les hommes, que je voyais prendre la mer auparavant,  étaient restés enfermés chez eux, durant plusieurs mois. Il paraît qu’ils avaient très peur d’un petit virus appelé Corana ou Covid. Depuis peu, les hommes ressortent à nouveau,  mais ils sont souvent masqués et ont l’air un peu bizarre. Beaucoup d’humains semblent même avoir peur de la situation. D’autres semblent n’avoir pris conscience de rien.

Le quotidien commençait à reprendre avec un semblant de vie et nous, les petits animaux marins, nous étions finalement contents de retrouver nos amis les humains.  Je veux parler de ceux qui savent encore s’émerveiller devant la nature. Je veux parler de ceux qui ont l’intelligence de la nature, de ceux qui font attention à préserver le juste équilibre entre eux et nous, de ceux qui sont sensibles à la biodiversité,  de ceux qui sont émus, touchés face à l’immensité de notre mer, face à ses dégradés de bleus intenses,  face à  la vie bien fragile de mes frères marins.

From Grégoire Rouxel

J’ai croisé ces dernières semaines un nouvel ami humain. Il s’appelle Grégoire et il est tombé amoureux de notre petite île.  A travers ses yeux et ses photos, j’aimerais bien vous faire découvrir la beauté sans nom de notre petite île. Il est arrivé ici le premier jour de ce temps que les humains appellent le confinement.  Il a tenu le coup, bien qu’il ne connaissant alors personne, sans doute grâce à la beauté de nos paysages, de notre espace marin aux mille bleus, de nos couchers de soleil sans pareils.

From Grégoire Rouxel

Il a tenu aussi grâce aux précieux moments passés à s’émerveiller devant les animaux qu’il apprécie particulièrement. Alors, ici le bruit a couru parmi les petites et les grandes bêtes et nous sommes heureux de le saluer le matin et le soir, quand nous le croisons sur le trajet pour aller et revenir de son travail.

From Grégoire Rouxel

Il est très attentionné à notre égard et essaye de partager ses émotions et ses découvertes avec ses amis et sa famille restés en France. Mais voilà que, depuis quelques jours, nous sommes complètement englués dans une sorte de magma tout noir et très puant. C’est vraiment l’horreur. Nous sommes sans voix face à cette désolation.

Nombre de mes amis animaux marins sont déjà morts et je ne sais même pas si j’aurais la force de vous raconter cette horrible histoire jusqu’au bout, car déjà mes forces déclinent et je peine à respirer. C’est pourquoi je vous invite à prendre conscience, de ce qui se passe ici et, dont on parle si peu chez vous, à travers le regard de notre nouvel ami Grégoire. Ses photos contrastent avec celles paradisiaques qu’il vous a envoyées depuis son arrivée chez nous le 17 mars dernier.

From Grégoire Rouxel

Nous, les petits animaux marins, nous regardons les humains, enfin, ceux qui le sont restés un peu dans l’âme, s’ingénier à éviter le pire.  Des chaînes de solidarité se mettent en place pour collecter paille, cheveux, végétaux secs… tout est bon pour faire des sortes de très longs boudins. Ils appellent cela des « barrages flottant ». Puis, avec des barques ou bien en entrant dans l’eau polluée, ils les mettent à l’eau autour du bateau échoué pour essayer d’enrayer cette vague pétrolière mortifère. Nous sommes émus face à ce bel élan de solidarité… et désolé de voir la pollution gagner quand même du terrain. Il parait, nous a dit une amie baleine, qu’un bateau-pompe est en route pour venir pomper le pétrole qui reste dans le bateau échoué… de la Grèce, et il va mettre 15 jours pour arriver ! Il n’y en avait pas un plus près ? La baleine nous a alors dit que non, et que l’île Maurice a les moyens de gérer le naufrage d’un bateau de 15 tonnes, alors que celui-ci en fait 3800 ! La baleine était furieuse, car déjà que les bateaux sont un danger pour elle et son petit – surtout ceux avec des harpons – mais en plus les humains en font couler partout…

From Grégoire Rouxel

Cependant, mon espérance reste vive quand je regarde ces chaînes de solidarité, et mes pensées se tournent vers la nature, dont les hommes semblent avoir oublié qu’ils en font aussi partie. Je souhaite qu’un jour prochain tout le monde se sente un peu plus concerné par notre avenir commun. Alors, bien que je sois aujourd’hui sans voix, je vous laisse réfléchir à notre sort commun, en méditant sur ces photos, qui traduisent si bien le passage du rêve au cauchemar. Notre lagon était un paradis sur terre. Il est en passe de se transformer en enfer, depuis qu’un vraquier est venu s’y échouer il y a 15 jours, en nous laissant complètement impuissants face à la pollution désastreuse. Avec mes amis tortues, poissons, oiseaux, coraux nous en appelons à votre responsabilité pour l’avenir de notre planète.

Par Nathalie

à partir des photos de Grégoire que j’embrasse bien fort malgré les 10000 km qui nous séparent

2 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Avatar de Leycuras Leycuras dit :

    Beau récit toujours tellement bien écrit hélas la fin des faits est certes effrayante …..

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  2. Avatar de Sreejith Nair Sreejith Nair dit :

    The images drew me to the post and I was curious to translate the text to English and read it…
    I am happy with my effort and so good to read about the story of Hector the Crab and it’s perspectives..
    Thank you so much for sharing and it’s always feels great to be in touch with you two 🙂

    Aimé par 1 personne

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