Un précieux colis

English version : https://nathjy.travel.blog/2020/10/05/a-precious-parcel/

Deux tasses de thé fumant attendent sur la table. Des tartines sautent du grille-pain. C’est un samedi matin. Puis une bonne odeur de beurre fondu sur les tartines encore chaudes assaille leurs narines tandis qu’ils devisent sur le week-end qui commence à peine. Tout est encore possible car il n’est pas très tard. Certes le temps est à la grisaille en ce début octobre, mais la température au-dehors est encore clémente. Soudain, alors que tout est silencieux dans cet immeuble d’une petite villa du XIVéme arrondissement, quelqu’un sonne à l’interphone. Jean-Yves bondit pour répondre. Nathalie l’entend dire « oui oui, je descends tout de suite». Quelques minutes plus tard, le voilà qui remonte, la mine enjouée, avec un colis dans les mains. Il sait déjà qu’elle va bondir de joie. Le colis arrive tout droit du Kerala. Enfin, tout droit, si l’on veut, car il a dû en franchir des frontières, des contrôles avant d’arriver là. Il a été préparé le 15 juillet, comme l’indique la date apposée sur la longue lettre de leur ami Arjun. Un peu de poudre de thé s’échappe du colis. Il a été contrôlé puis refermé. Il a l’air un peu cabossé mais il est magnifique, avec des tas de logos en Hindi.

Un bonheur pour les yeux. A peine ouvert, ils transfèrent la fine poudre de thé dans un bocal pour ne pas en perdre un seul grain.

Et voilà que les collines du Wayanad s’invitent dans l’appartement.

Elle se retrouve alors replongée en plein cœur des plantations de thé, ces plantations qu’elle avait si longtemps rêvées de voir, avant de les découvrir enfin en 2019.

Ils se remémorent avoir dégusté un thé, avec deux femmes originaires de Catalogne, dans une petite carnute, en redescendant des hautes plantations.

Elle s’empresse de préparer un thé tchaï, un vrai, comme là-bas. Cela tombe bien, Jean-Yves a fait les courses hier soir, et il a eu la bonne idée d’acheter un morceau de gingembre. Et là, pour elle, ce sont des dizaines de souvenirs qui se bousculent dans sa tête. Le premier tchaï qu’ils avaient dégusté dans une Guest-House du quartier tibétain de Delhi en compagnie de Shailesh.

Puis, il y avait eu les multiples thés partagés dans les familles du Rajasthan chez qui ils avaient vécu des aventures inoubliables.

Elle se revoit assise en tailleur, sur les nattes posées à même la terre battue ou le béton, quand elle épluchait le gingembre avec Bahumati, Parvati, ou avec Aja et son frère Panu.

Un verre, puis deux, puis un troisième, elle aimait tellement ça. Aja riait de la voir se régaler et faisait bouillir le breuvage magique pas moins de 7 fois pour qu’il soit onctueux et épicé à souhait.

Elle se rappelle aussi de la randonnée qu’elle avait faite avec Anoop, un jour où Jean-Yves, « un peu » chaos, était resté se reposer.

Ils avaient pris le thé dans une petite échoppe. Anoop lui avait raconté que le matin, il lui arrivait de venir lire le journal à voix haute pour les villageois. Le marchand avait fait danser ses casseroles et avait fait bouillir le thé à plusieurs reprises, comme il se doit, sur son petit réchaud à gaz, avant de le verser de toute sa hauteur dans de petits verres en inox.

Enfin, elle se rappelle du thé chargé d’émotions qu’ils avaient bu chez Arjun, le jour où il leur avait présenté sa mère. Une rencontre inoubliable et empreinte d’amour.

Elle revoit Arjun ainsi que le regard plein d’amour que sa mère posait sur lui. Une belle rencontre à n’en pas douter, de celles qui forgent les belles amitiés qui durent toujours. C’était bon.


Retour au colis : avec bonheur et délicatesse, elle sort ensuite le sachet de café moulu d’une grande finesse. Un petit mot est glissé dans la partie supérieure du sachet. Ce café provient du jardin d’Arjun et de sa mère. Il a été récolté par leurs soins, moulu, empaqueté dans la petite cuisine située dans l’aile droite de la maison, au bout du chemin parsemé de bananiers et de grands arbres dont les cimes semblent prêtes à toucher le ciel. Que d’émotion ! Ça sent bon le café indien. Elle retrouve en quelques minutes la merveilleuse odeur des caféiers en fleurs de Trikaipetta.

Sous le sachet de café, ils découvrent un sachet de poivre bien noir, aux grains ridés comme il se doit. Leurs papilles s’emballent et se préparent à déguster cet épice si prisé.

Elle revoit les poivriers courir le long des grands arbres pour chercher le soleil et ainsi produire un goût si généreux. C’est un pur bonheur de découvrir les trésors qu’il y a dans ce colis magique. Des épices, du thé et du café venus de l’autre bout du monde et préparés par des mains amies. La voilà propulsée au milieu des marchés indiens.

Elle imagine alors les saris qui dansent au moindre mouvement des femmes qui se tiennent fièrement derrière leurs étals.

C’est tout un monde en quadrichromie qui déboule dans leur salon.

Elle se revoit arpenter les rues du vieux Cochin, avec Johnson, à la découverte des comptoirs d’épices.

Ils avaient même eu la chance de découvrir, grâce à Johnson, l’historique Bourse aux poivres en plein cœur du quartier juif de Cochin, là où s’établissait le prix de l’épice aux mille vertus.


Deux petits sachets de Sambar leur rappellent les repas partagés chez Elsy et Tomas. Ces repas étaient toujours présentés avec une extrême attention, il y avait toujours plusieurs saveurs déployées en une galerie de couleurs qui ravissaient les yeux au premier coup d’œil.


Retour au colis, et enfin, elle ouvre le sachet de cardamome et découvre les petites gousses bien garnies, récoltées il y a quelques mois dans le jardin d’Arjun et de sa mère.

L’odeur de la cardamome est puissante et sublime tout. Magique, elle l’entraîne à nouveau dans la plaine de Mothakkara, là où ils avaient fait connaissance avec la tribu des Kurichiya grâce à Arjun, par une belle journée de novembre 2019.

Une petite note est glissée dans le sachet par les soins de leur ami. L’Inde est le deuxième pays producteur de cardamome et celle du Kerala est particulièrement renommée.

Oubliée la grisaille, envolés les jours de pluie, annihilés les jours de confinement, terrassée la fatigue des déplacements, voilà l’Inde qui s’invite chez nous et cela fait un bien fou.

Le bonheur est constitué de petites choses, de petits gestes. Ce colis, il en a franchi des frontières, pris des avions, fait des escales, subit des contrôles, attendu la fin des confinements ici ou là, attendu aussi la levée des restrictions tout au long de son trajet, tout cela pour apporté une vague de bonheur à deux parisiens en quête d’exotisme.

A travers ce colis, elle s’est aussi retrouvée à côté de Johnson, dans un village de pêcheurs en grève. Ils avaient été invités à déguster avec eux, un tchai. Ou encore à marcher aux côtés d’Arjun, à refaire le monde au milieu des plantations.

Elle a retrouvé en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, le goût du thé partagé un matin de décembre 2018. Ils avaient dû se lever vers 4 heures et s’étaient retrouvés à déguster le thé autour d’un feu dans un village du Shekawati. Leur hôte s’était levé pour préparer le feu et le thé avant leur départ car il savait qu’ils aimaient ça.

Lui revenait aussi le goût du thé servi chez le tisserand d’un petit village du désert du Thar. C’est chez lui qu’ils avaient appris à utiliser un métier à tisser.

Ou encore, celui pris un beau matin sur le port de Kochi. C’était à l’aube avant de partir faire une super balade en vélo.

Dans les familles du Shekawati,  elle avait appris à piler les épices pour préparer le chai et ils avaient aimé le savourer dans le jardin d’une des familles chez qui ils avaient été hébergé, tout en étant adossés aux murs en crépis de bouses de vaches. Aja lui avait aussi appris à faire la vaisselle avec le sable pour que la casserole et les gobelets de thé soient parfaitement brillants.

Un thé mémorable avait été dégusté avec Shailesh dans une gargote au milieu du désert du Thar. Ils étaient les premiers européens à venir prendre un thé ici et le serveur avait pris plaisir à faire bouillir le précieux breuvage pour qu’il soit parfait.

Ils n’ont bien entendu pas non plus oublié les thés dégustés sur les quais de gare ou à bord des trains indiens. Un cérémonial inoubliable que celui des chai-walaa qui embarquaient à chaque station et s’époumonaient pour savoir si quelqu’un souhaitait boire un thé à bord du train.

Elle aimait ce pays et ses habitants, passionnément. Ses odeurs, ses couleurs,  ses saveurs, les rencontres qu’ils avaient faites s’étaient imprimées dans sa chair pour l’éternité et voilà qu’à travers un petit colis, leurs amis indiens s’étaient invités à l’improviste pour un séjour à Paris. Merci à vous amis indiens qui nous avez fait découvrir tant de saveurs, merci à toi Arjun ainsi qu’à ta maman pour ce décollage instantané vers le Kerala !


Nathalie

3 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Leycuras dit :

    Woaw un colis d amour comme on en rêve tous !!merci les amis indiens !!et merci nath et j’y de nous faire partager cette belle expérience !

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  2. amal dit :

    la joie aussi de recevoir un tel présent par voie postale, incroyable de nos jours, quelles belles personnes, merci pour le partage j’en ai plein les narines…. trop bon

    Aimé par 1 personne

  3. Hélène DENIZE dit :

    Un voyage express en Inde, à défaut de pouvoir vous y envoler tout de suite… C’est mieux que rien ☺️ Merci pour ce voyage tout en saveurs et odeurs 🌹

    Aimé par 1 personne

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