Intrigue dans la Médina…

Toute ressemblance avec des faits réels serait purement fortuite. Cette histoire a germé dans l’esprit de deux personnes, suite à l’envoi de l’une à l’autre, d’une carte postale achetée en février dernier, à La Fibule, célèbre petite librairie d’Essaouira.

Cette nouvelle est dédiée à une personne, bien précieuse, que j’ai la chance de côtoyer chaque jour dans mon travail. C’est grâce à elle que je me retrouve, chaque lundi matin -hors confinement-, dès l’aube, voir même bien avant l’aube, à errer dans le hall d’une grande gare parisienne ou d’un aéroport, à la recherche d’un thé Chaï pour me réveiller. Enfin, plus précisément, c’est surtout grâce à cette personne que juste après avoir trouvé mon thé, je vais pouvoir m’installer à la place 112 ou à la place 98 de la voiture 14 d’un TGV, toujours dans le sens de la marche et côté couloir, car elle a pris soin de vérifier les moindres détails de mon voyage (entre les mille autres choses dont elle s’occupe pour m’assister dans le travail)… Cette histoire est née de nos échanges autour des portes de la Médina. Ces portes qui nous fascinent et donnent libre cours à nos imaginaires. Aujourd’hui, c’est lundi et elle attend la publication de cet article prévue aux alentours de 7h45. Je suis en retard, elle doit s’impatienter…

A l’heure où sur le port, les pêcheurs, endormis sur les filets, émergent à peine de la torpeur, la brume matinale se lève en même temps que les hommes.

Sur les remparts de la célèbre Mogador, seules quelques mouettes commencent leur tourbillon à la recherche de quelques poissons à engloutir.

Dans les rues de la Médina, quelques chats errants, en quête des reliefs d’un repas déposés à leur intention, au coin d’une ruelle, amusent un enfant qui attend sa mère devant la boulangerie, où elle travaille.

Les rues de la Médina sont encore presque vides et les petites échoppes n’ont pas encore ouvert leurs lourds rideaux de bois.

Un homme sort sur le seuil d’une porte et semble se cacher du regard des rares curieux. Pas de chance, Lucie qui aime déambuler aux premières heures dans la Médina encore toute paisible, l’a aperçu et trouve son attitude intrigante, bizarre même.

Pour s’amuser, elle décide de le suivre discrètement de loin. L’homme au burnou sombre va bon train et se dirige rapidement dans les ruelles. Il ne voit pas qu’il est suivi et c’est tant mieux.

L’homme au burnou foncé se dirige maintenant vers la rue Qaraouyine, du côté du quartier des synagogues. Mais que peut-il aller faire à cette heure matinale, dans un quartier où il n’y a pratiquement plus âme qui vive depuis quelques années déjà? Peut-être s’est-il aperçu qu’il était suivi et cherche-t-il à semer la française qui a pourtant soin de rester extrêmement discrète.

Voilà maintenant qu’il emprunte la rue Mellah, passe sous les arcades, là où la rue devient très étroite et où il fait bien sombre.

Il continue ensuite dans la rue Mellah, c’est la rue principale de cet ancien quartier juif, quasi abandonné des hommes depuis que les marocains de confession juive ont déserté la belle Mogador, dans les années cinquante/ soixante.

L’homme au burnou s’enfile enfin dans un chantier à l’abandon. Lucie laisse un autre homme se glisser entre elle et le suspect pour ne pas se faire repérer.

Elle découvre par la même occasion les restes de vie dévoilés à ciel ouvert. Ici, elle remarque une porte condamnée qui menait où ? Là, elle distingue des vêtement abandonnés dans un placard détruit par les années. Des robes de petite fille, un pantalon de jeune enfant. Que sont-ils devenus les enfants qui ont porté ces habits ? Probablement âgés aujourd’hui, se souviennent-ils encore de ce quartier, proche de la Baab Doukala, dans lequel ils ont vécu leurs jeunes années?

Sont-ils jamais revenus sillonner les ruelles de la vieille Médina dans lesquelles enfants, ils ont dû courir et entreprendre de folles parties de cache-cache?

Mais revenons à notre homme. Il a subitement disparu. Mince! Lucie s’est laissée distraire et voilà qu’elle l’a perdu de vue. Peut-être s’est-il engouffré derrière cette petite porte de bric et de broc?

A moins qu’il ne soit entrer au numéro 35? Lucie a cru entendre grincer une porte. Elle se cache au coin de la synagogue, son cœur bat maintenant la chamade et elle a le sentiment que cela résonne dans tout le quartier pourtant si silencieux.

Soudain, elle entend un cliquetis, comme celui d’un trousseau de clés que l’on extraie d’une poche en le secouant. Elle se retourne et découvre l’homme à quelques mètres derrière elle. Affairé à chercher ses clés, il ne l’a même pas vue. A moins qu’il ne fasse semblant? Le voilà qui ouvre la porte au numéro 119. Tandis qu’il commence à grimper l’escalier de pierres, Lucie voit qu’il sort de sa poche un petit sachet. A bien y regarder, ce sachet est rempli d’olives. Et voilà que subitement une partie du mystère s’éclaire. Elle reconnait l’homme qu’elle suit depuis l’aube. Au loin, elle entend le muezzin, c’est l’heure de la prière. Le suspect se dirige alors vers la mosquée proche de la Baab Doukala. Aucun doute, il s’agit du vieux marchand d’olives de l’avenue Mohamed Zerktouni. Celui qui est installé juste au coin du marché aux légumes. Celui que Lucie aime bien et qui a un tel sourire, quand il se tient dans son échoppe, qu’elle ne peut résister à l’envie de lui acheter quelque chose à chaque fois qu’elle passe devant son étal.

Mais alors, si c’est bien lui. Que fait-il à une heure si matinale dans ce quartier éloigné de son domicile et de son échoppe? Le mystère, qu’elle a cru un instant éclairci, s’épaissit. Pourquoi fait-il l’école buissonnière avant de venir au magasin, en faisant mine de se cacher ? Voilà qu’à peine dix minutes après être entré au 119, il en ressort un petit sourire au bord des lèvres. Il referme la lourde porte avec son trousseau de clés en fer forgé. Mission accomplie, semble dire son regard !Pour Lucie, il ne reste plus qu’un moyen pour tenter d’élucider le mystère ; en parler avec son amie Khadidja. Celle-ci est toujours au courant de tous les ragots de la Médina et peut vous en compter pendant des heures sans perdre haleine.

Autour d’une tasse de thé et de délicieuses crêpes mille-trous, Lucie apprend qu’il ne reste plus qu’une seule résidente séfarade à Essaouira et celle-ci demeure au 119 rue du Mellah. Comme Khadidja lui a déjà dit, dans les années 50/60, les enfants marocains qu’ils soient de confession juive ou musulmane, jouaient tous ensemble dans les rues de la Médina. La femme du marchand d’olives était la meilleure amie de la femme qui demeure encore aujourd’hui dans le quartier du Mellah. Elle a demandé à son mari, le petit marchand d’olives, alors qu’elle rendait son dernier souffle, de veiller sur son amie et de lui porter chaque jour, un petit sachet de picholines, une variété d’olives qu’elles dégustaient ensemble, dans leurs jeunes années, sur le chemin de l’école.

Par Nathalie

3 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Anonyme dit :

    J’ai beaucoup cette intrigue, je me demandais bien aussi où pouvait se rendre de bon matin ce marchand de’olives, mais que la fin est belle et touchante!
    C’est une très belle histoire comme on aimerait en découvrir si souvent.

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  2. Leycuras dit :

    Suspens !!!une vraie détective notre Nathalie !!belle lecture haletante .dépaysante beau voyage encore pour finir la journée et demain?Inde Italie Maroc France ?????j ai hâte

    Aimé par 1 personne

  3. amal dit :

    mdrrrr c génial !!! avec photos à l’appui.
    Merci pour une autre image du Maroc … avec un quartier destroy

    Aimé par 1 personne

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