Oran « Cité laide » octobre 2019

Oran par Amal

Toujours très heureux d’accueillir de nouvelles plumes sur ce blog. Nous vous invitons à découvrir le style de notre amie Amal.

Choquée. Je suis choquée. En dépression, Oran est une ville qui ne se tient plus. Plus de raison d’être.

Pas respectée, une vieille pute qui accepte des passes pour survivre quelque peu.

Même pas la peine qu’elle se farde, personne ne la regarde, on n’a pas envie, même pas idée. Elle n’est plus qu’un passage.Elle ne se lave même plus, juste une étape virtuelle en attente de l’hypothétique visa que l’on n’accorde même plus aux médecins. 

Les gamins ne se gênent pas, pour 500 € ils embarquent des pneumatiques avec noyade quasi certaine. Le gros pneumatique à 1500 € qui dessert la côte espagnole est un peu plus sûr. On peut arriver sain et sauf, le temps d’une partie de Domino. 

Au marché de la Bastille, une vieille femme me confie ne plus manger de poisson de peur d’y découvrir « la saveur de nos enfants ». Tout le monde se dit malheureux et remercie Dieu. Plus de bonheur, plus de plaisir, la dépression, personne ne veut rester dans ce pays de voleurs. Tous les jours un grand voleur est enfermé, des gens très importants, des colonels, des généraux, des milliardaires cousins des gens importants, les neveux, les gendres, des vieillards.

C’est si pourri que ça ? Les gens dans les taxi, les restaurants, les commerces n’émettent aucune idée, ils informent juste qu’il y a manif tous les mardi et vendredi à la place d’Armes.

Mdina jdida toujours grouillante de femmes, consommatrices en puissance, venues des mini new villes qui poussent entre les grandes villes : Mascara, Sidi Bel Abbes, Tiaret, Ghilizane, Mostaganem.

Elles sont voilées de noir, avides de vaisselle, de coupons de tissus, de napperons, de gadgets, de baskets, de nuisettes.

Et moi poissarde, j’arrive ici en cette  semaine de pluie, j’ai esquinté mes chaussures. L’eau jaunâtre gicle des égouts impuissants à la juguler. La semaine, aussi, d’une grève des sous-traitants éboueurs.

Des poubelles d’abondance, débordant de mets déchus. En marchant, je redoute de les frôler et de voir surgir, des sachets en plastique bleus éventrés, un gros rat à la Camus. 

Par Amal

N’ayant pas de photos d’Oran, nous remercions le Maroc de nous offrir ces illustrations…

Un commentaire Ajouter un commentaire

  1. nathindia dit :

    Amal, quelle joie de découvrir Oran à travers tes mots. Des mots amers, des mots de rage, qui expriment bien l’ampleur de la déception face à cette beauté dépravée… Ravie de t’accueillir sur le blog en espérant t’y retrouver régulièrement…Nathalie

    Aimé par 1 personne

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