Trek de Gatlang à Tatopani : entre paysages éblouissants et rencontres culturelles

Le trek de ce jour sera marqué par des moments d’émerveillement devant les paysages spectaculaires et par la découverte de la culture tibéto-bouddhiste. Vous découvrirez avec nous un village traditionnel, ferez connaissance des habitants et participerez à une cérémonie locale. La richesse des connexions humaines sera le point fort de cette deuxième journée.

Réveil en douceur grâce au charme d’un grand magnolia dont les fleurs s’étirent délicatement vers les hauts sommets. Après avoir effectué quelques étirements et déguster un bon thé massala bien épicé, nous rangeons rapidement nos affaires dans nos sacs à dos. Il est huit heures du matin lorsque nous reprenons la marche pour nous rendre à Tatopani, la deuxième étape de ce trek. Nous voici partis pour environ 7 heures de marche, environ 12.3 km avec un dénivelé de  +850m ; -490m.

La vallée que nous allons emprunter, émerge doucement de la brume matinale. Nous apercevons les chortens que nous avons observés lorsque nous étions sur le sentier du haut, hier soir. Cette région a une vie religieuse intense et nous découvrirons les traces de cette culture tibéto-bouddhiste qui imprègne le paysage tout au long du chemin.

Faisant face aux sommets géants, les stupa ont quelque chose d’émouvant et d’intemporel. Nous restons chacun dans le silence de ce début de journée, occupés par les pensées qui vont et viennent paisiblement à nos esprits encore un peu embrumés. C’est une sacrée expérience de se retrouver ainsi plongé au cœur d’un monde totalement différent de notre quotidien habituel.

Avant de rejoindre le chemin, nous naviguons quelque temps à travers les ruelles du village. Cela nous permet de découvrir l’habitat traditionnel. Nous sommes sous le charme de ces délicieuses petites maisons bleues : fondations en pierre, murs en bois local et toiture en tôle ou en tuiles de bois pour celles qui ont survécu au tremblement de terre de 2015.

Les façades sont toutes orientées vers le soleil et en ce début de matinée, avec l’arrivée du soleil, la vie jaillit de tous les côtés.

Après leur toilette, les enfants se sèchent et se réchauffent sur les balcons au soleil.Ils nous saluent en nous laçant de sympathiques Namaste. Nous admirons aussi les sculptures qui ornent la plupart des façades des maisons traditionnelles de ce village de montagne.

Les personnes âgées du village sont, elles aussi, installées sur les terrasses ensoleillées, selon la coutume locale. La douce chaleur est réputée pour dérouiller les articulations endolories par l’immobilité de la nuit et pour apporter, grâce à la vitamine D, un regain d’énergie pour la journée. Comment avons-nous pu perdre de si bonnes habitudes dans le monde occidental où tout va désormais bien trop vite ? N’est-ce pas tellement simple de prendre soin de soi ?

Nous atteignons maintenant les stupas et nous sommes impressionnés par leur taille ; ils nous paraissaient bien plus petits lorsque nous les avons vus d’en haut.

A la sortie du village, nous croisons des paysans déjà bien chargés. Il y a beaucoup d’activité dans les ruelles du village à cette heure. Les paysans rapportent du foin pour nourrir les animaux. Les femmes lavent le linge ou les légumes au point d’eau.

Prem nous attend justement à côté d’un arbre qui sert à faire sécher le foin pour la saison hivernale.

Nous rejoignons maintenant la vallée et nos pas résonnent tandis que nos regards sont happés par le paysage alentour. Les paysages sauvages se modifient sans cesse et nos yeux n’ont de cesse de s’extasier de tout ce que nous decouvrons à chaque virage.

C’est le moment de faire quelques photos pour garder une trace de ces instants emplis de magie.

Cette vallée nous procure une nouvelle occasion d’admirer le spectacle des cultures en terrasse qui s’étendent à l’infini. C’est totalement dépaysant.

A mesure de notre avancée, les paysages sont de plus en plus fabuleux. La région est assez peu fréquentée en cette saison et c’est un bel endroit pour les amoureux de la nature. Émotions visuelles garanties.

Nous faisons toute sorte de rencontres, comme celle avec ce couple de paysans. Ils nous demandent si nous n’aurions pas de quoi traiter les yeux de Madame qui semble avoir des difficultés à bien voir. Les habitants nous expliquent qu’ils doivent se rendre à Katmandou pour se faire soigner.

Nous arrivons ensuite dans le village de Thambuchet au coeur de la vallée et prenons le temps d’admirer le très vieux « Mani wall ». Il s’agit d’un très ancien mur à prières dont les pierres sont blanchies par le temps.

Il n’y a aucun doute, nous avons pris de l’altitude depuis que nous avons traversé la rivière. et remontée vers Tatopani. D’ici nous avons une belle vue sur le barrage de Chilim en contrebas.

Prem nous explique que désormais les jeunes  ont plutôt tendance à lire les prières depuis leur smartphone alors qu’autrefois on n’hésitait pas à faire graver des grandes pierres et à les aligner à l’entrée des villages. Beaucoup d’habitants de la région sont originaires du Tibet ce qui explique le nombre de sites religieux dans le coin.

Les mani wall ont pour fonction de protéger tout aussi bien les habitants que les voyageurs que nous sommes. Des mantras sont gravés sur les pierres et accompagnent notre parcours.

Le célèbre mantra bouddhiste « om mani padme hum » est inscrit sur de nombreuses pierres en vue d’obtenir des bienfaits notamment lors de la réincarnation. On distingue ici la roue du Dharma, un autre symbole du bouddhisme . Elle est aussi appelée Dharmachakra en sanskrit.

Au bout du Mani wall. Il est fréquent de trouver un chorten trés ancien orné de drapeaux qui essaiment les prières dans le vent.

Avant de reprendre notre ascension vers Tatopani, de l’autre côté de la rivière, nous allons emprunter le pont suspendu au-dessus de la rivière Bhotekoshi. Thambuchet est un petit village situé à proximité du barrage hydroéléctrique de Chilime

Depuis l’autre versant, nous bénéficions d’une belle vue sur le chorten et sur la gompa. Cette atmosphère empreinte de traditions est apaisante et invite à la méditation.

Nous croisons quelques beaux jardins ainsi que des ruchers disséminés sur la montagne.

Le chemin grimpe de plus en plus fort. Nous faisons régulièrement de micro-pauses pour reprendre notre souffle. Cela nous permet de prendre conscience du chemin déjà parcouru depuis Gatlang tout au fond de la vallée. La diversité des paysages et ces décors inimaginables nous font vite oublier la fatigue de l’ascension.

Nous continuons notre route pour arriver à l’entrée d’un petit hameau. Les pamplemousses nous font de l’œil. C’est bientôt l’heure du déjeuner.

  Voici enfin une charmante tea-house, il est temps de faire une bonne pause et de restaurer nos estomacs affamés. Tandis que nous percevons le fumet du curry qui mijote dans la cuisine, nous apprécions de nous reposer les mollets.

Les toilettes sont rudimentaires comme toujours dans les guest-house mais peu importe, le hublot nous offre une perspective impressionnante. Nous pouvons voir le chemin parcouru tout au long de la matinée sur le versant opposé. C’est bon pour le moral et pour l’estime de soi quand on réalise ce que l’on vient de faire.

A l’intérieur de la salle commune, en attendant la cuisson de nos Dahl bhat, nous admirons l’artisanat local. Les bonnets des femmes tibétaines sont tout brodés à la main et chacun dans leur style renvoie une belle harmonie de couleurs.

Nous faisons connaissance avec notre hôtesse et son délicieux bébé. Quelle douceur et quelle délicatesse, on a tout de suite envie de tisser des liens. Elle nous explique que nous retrouverons sa famille au lodge ce soir à Tatopani. Elle a fait ses études à Katmandou et fait maintenant des allers-retours en fonction des saisons.

A l’intérieur de la salle commune, voici l’occasion de s’initier au folklore du coin. Les hôtes nous offriront même un petit concert le temps de la digestion pour nous encourager avant de reprendre le chemin.

L’heure avance, il est temps de se remettre en route sans faire attendre les compagnons.

A contre-sens, nous croisons une équipe de cuisiniers qui revient sans doute d’une cérémonie en altitude là où les maisons sont inaccessibles à tout véhicule. Ils trimballent donc leurs énormes marmites sur le dos.

On se remet en ordre de marche si on veut arriver là-haut avant la tombée du jour. Comme souvent, je glisse mes pas dans ceux de Prem et me cale sur son rythme.

Nouvelle pause pour échanger quelques mots avec une sympathique paysanne. Couteau à la main pour récolter de quoi nourrir les bêtes et petites fleurs délicatement accrochées aux oreilles en signe de féminité, elle est exquise.

A l’approche du village, nous apercevons un magnifique rapace perchè dans un arbre. Nous distinguons le chemin sur le versant opposé. La vue panoramique sur le versant opposé est magnifique.

Voici les abords de Tatopani. Comme il est bon de sentir l’arrivée et de voir apparaître les touches de couleurs des maisons des hautes terres. Il ne nous reste plus que quelques centaines de mètres avant d’atteindre notre guest-house, quel bonheur !

Le voile de fin de journée se dépose doucement sur les montagnes tandis que les petites maisons colorées du village apportent une touche de gaieté. Nous avons hâte de nous poser.

Et voici enfin notre lodge. Nous profiterons de la chambre la plus à droite au-dessus du panneau Yiga Guest House. Les douches et toilettes sont situées dans la cahute en tôle au premier plan. Cela va faire du bien de se dépoussiérer.

Après nous être bien installés dans une jolie petite chambre en bois vernis, nous allons faire un petit tour pour découvrir les anciennes sources d’eau chaude. On dit qu’il est bon de profiter des bains de source d’eaux chaudes et qu’elles apportent de nombreux bienfaits médicinaux. Celles-ci ne sont malheureusement plus actives depuis le tremblement de terre de 2015.

De retour dans la salle commune du lodge, nous n’échappons pas aux habitudes locales et comme toujours les tibétains de la montagne vivent avec les portes ouvertes malgré une température extérieure qui descend sérieusement. C’est une bonne manière de ne pas être noyé dans la fumée du poêls qui adoucit le vent piquant qui s’engouffre par moments par la porte.

Nous nous régalons d »un bon bol de pumpkin soup. Nous l’apprécions d’autant plus qu’elle vient d’être préparée sous nos yeux et qu’elle est succulente. Quelques petits groupes de personnes vont et viennent pour déguster une Gorka -la bière locale-. Assis sur de petits tabourets tressés autour du poêle, les clients échangent en attendant le dhal bhat qui est en cours de préparation dans la cuisine ouverte sur le côté.

La grand-mère du lodge médite devant sa tasse de thé et semble ne pas apprécier que les clients s’enivrent de trop. Elle nous offre de délicieux biscuits tressés.

A la nuit tombée, Prem nous propose de faire un tour à côté des sources d’eau chaude ; il y a un rassemblement de tibétains. Nous allons pouvoir découvrir d’un peu plus près la culture des communautés montagnardes. Ce trek nous offre de nombreuses opportunités pour entrer en contact avec les les communautés locales, c’est une véritable chance.

En quelques minutes me voilà embarquée à danser avec les femmes autour du feu (je porte une doudoune jaune Safran). Quelle chance incroyable de pouvoir ainsi se joindre aux danseuses tibétains et de se sentir tout de suite vraiment accueillie. Je me sens profondément émue et vous souhaite de vivre d’aussi intenses immersions.

Je ne comprends absolument rien de ce que l’on me dit mais je suis le mouvement. Les femmes me demandent de changer régulièrement de place pour me tenir avec chacune d’elle, le temps d’un tour de danse. Les chants tibétains résonnent toute la nuit dans le village. Le célèbre Om mani padme reviendra régulièrement nous hanter tout au long de la nuit. Jean-Yves a appris en discutant avec quelques hommes qu’il s’agit d’une cérémonie en mémoire d’un défunt décédé récemment. Toute la communauté tibétaine des environs se retrouve à Tatopani pour célébrer l’événement.

De retour au lodge, je m’empresse de partager ma joie et mes vidéos avec la grand-mère du gîte. Elle s’amuse de voir que j’ai participé au rite et que j’ai dansé avec les femmes. De notre côté, nous nous demandons comment serait accueilli un étranger qui déboulerait dans une cérémonie de deuil dans un village perdu d’un coin de France. Sans doute pas avec autant d’amour ni de joie…

Par Nathalie et Jean-Yves

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