Le tube de dentifrice et la brosse à dent

English version : https://nathjy.travel.blog/2020/07/19/the-tube-of-toothpaste-and-the-toothbrush/

Travail réalisé dans le cadre de l’Atelier 62 : se mettre dans la peau d’un objet, ici un tube de dentifrice et une brosse à dent. Raconter leur coup de foudre et leur histoire.

Te souviens-tu ma belle de notre première rencontre ? Julie nous avait enfermés tous les deux dans la salle de bain et tu avais assez vite osé m’effleurer avec délicatesse. C’était tout contre le rebord du lavabo. T’en souviens-tu encore, tout comme moi, avec une émotion aussi vive qu’elle me tire encore quelques larmes ? Quelle rencontre fascinante tout de même. Cela avait été le coup de foudre dès la première minute. Nous étions faits l’un pour l’autre sans aucun doute.

Julie nous avait ensuite déposés ensemble dans une jolie poterie qu’elle avait rapportée d’Essaouira. Elle aimait décorer sa maison avec des poteries ramenées de ses voyages en Inde ou au Maroc. Pour nous deux, elle avait choisi un petit pot dans les tons bleus, cela nous convenait à merveille. Cela t’allait à ravir et mettait tes atours en valeur, toi qui étais toute de bleu vêtue. Tu me rendais fou, surtout qu’elle t’autorisait à venir me chatouiller avec tes petits poils bien douillets.

Certains matins, tu me frottais un peu trop vivement. Cela arrivait les jours où Julie se levait en retard. Je n’aimais pas trop cela. Tu te frottais à moi avec une vigueur qui me faisait me répandre partout. Quel gaspillage ! Mais la plupart du temps, je dois avouer, que tu étais d’une grande délicatesse à mon égard. J’attendais tous nos RDV avec une vive impatience et j’suis encore tout en ému quand j’y pense.

La journée, Julie t’emportait la plupart du temps, avec elle. Elle te glissait dans son grand sac à main de cuir bleu marine acheté sur un marché à Florence. En général, elle t’y déposait juste après nos ébats. Tu te retrouvais alors dans la pénombre, tu reprenais doucement tes esprits et de mon côté, je consacrais toute mon énergie à penser à toi. Que faisais –tu ainsi seule au fond de ce grand sac ? Je craignais qu’elle ne te fasse rencontrer un autre tube que moi dans la journée et cela me rendais fou de rage de t’attendre ainsi toute la journée.

Il arrivait aussi parfois que Julie t’oublie au fond du sac, le soir en rentrant. Cela arrivait les soirs où elle sortait boire un verre avec ses amis. Si tu savais à quel point je détestais ces soirs-là. J’en voulais aussi à ses amis à cause desquels nous allions rester plus de 24 heures sans nous revoir. Je veillais la plupart du temps au cas où…et espérais alors secrètement que nous pourrions quand même nous retrouver pour une de nos étreintes passionnées.

J’aimais quand j’avais la possibilité de me glisser le long de tes petits poils si délicats. J’aimais aussi quand unis, nous partions ensemble à la conquête des envahisseurs qu’il fallait chasser de sa bouche. Nous étions alors forts, combattifs et Julie pouvait vraiment compter sur nous pour redonner toute sa splendeur à sa ravissante dentition. Nous formions un duo expert et inséparable.

Parfois, tu arrivais déjà toute mouillée et il n’était alors pas facile pour moi de m’accrocher à toi. J’avais peur de rater mon entrée et que tu me déconsidères.

Le pire moment dont je me souvienne, c’est lorsque Julie était rentrée de chez le dentiste. Cet idiot lui avait alors recommandé l’utilisation d’une brosse à poils doux. J’avais l’impression de te faire des infidélités et il n’y eut jamais aucune complicité entre cette nouvelle brosse et moi. Toi et moi restions toujours proches dans notre petit pot mais il n’y avait eu aucun contact entre nous pendant au moins quinze longs jours. J’ai bien cru mourir.

Et puis vint le temps de la vieillesse. Je sentais la vie filer en moi à chaque fois que Julie me pressait tout contre toi. Je n’étais plus si vigoureux, je me tordais, me vidais de mes forces. De ton côté, tu perdais tes poils et ceux-ci se faisaient de  plus en plus éparses. Ils étaient aussi beaucoup moins vaillants. Je nous voyais chaque matin et soir, disparaître dans la bonde du lavabo. Un beau matin, alors que je sentais tes poils faiblir, je craignis que Julie ne te remplace avant moi. Je décidais alors d’en finir et me répandis rapidement espérant en terminer au plus vite. C’est ainsi que nous avions réussi le bel exploit de finir nos vies simultanément. Que peut-on espérer de plus beau pour un tube de dentifrice et une brosse à dent ? Malheureusement, Julie, avec ses manies de tout trier, nous avait déposés dans deux poubelles séparées pour l’éternité.

Par Nathalie

3 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Hélène DENIZE dit :

    J’ai adoré 🙂 C’est emplie d’humour, sensuel et même poétique!!! De quoi bien commencer la journée 🙂

    Aimé par 1 personne

  2. Amal dit :

    Hoooo c chaud vos textes !!! Je suis morte de rire, quel bon moment,
    Encoooor .,.

    Aimé par 1 personne

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