Il Purgatorio

English version : https://nathjy.travel.blog/2020/09/24/il-purgatorio-english-version/

Versione Italiana : https://nathjy.travel.blog/2020/09/09/il-purgatorio/

Depuis quelques jours, l’une des fées de l’Orto delle fate leur parlait d’un lieu mythique où elle souhaitait les emmener un de ces soirs, pour assister à un évènement bien particulier.


Assis à la terrasse d’Il Purgatorio, sur les bords du lac Bolsena, juste sur la rive opposée du jardin des fées, ils dégustaient un corregone marinés et attendaient tous avec une impatience perceptible qu’il se passe quelque chose. Ils déplaçaient leurs sièges d’un centimètre à droite, puis de trois à gauche, ne sachant pas exactement où cela allait se produire. Les clients des autres tables du restaurant avaient l’air intrigués de les voir ainsi en pleine effervescence mais ils semblaient totalement indifférents à ce qui allait se jouer là d’ici quelques instants.
A leur table, chacun se concentrait quelques minutes sur la conversation puis sur les mets servis par le restaurateur, au rythme de la préparation en cuisine, mais en réalité les esprits étaient tous tournés vers le lac, dans cette attente ineffable qui précède les grands moments de la vie. L’un d’entre eux dit qu’en ce mois de septembre l’évènement prenait une ampleur toute particulière. L’une d’entre eux demanda à l’une des serveuses si cela allait se produire à la droite ou à la gauche du Rocca dei Papi qui se détachait au loin à Montefiascone. Alors qu’ils trinquaient, une des convives poussa un cri. « Ca y est, elle arrive ! ».

Tous les regards se tournèrent simultanément vers le côté gauche de Montefiascone, un peu au –dessus du lac. Quelques nuages éclaircis par une aura bien spécifique semblaient flotter au-dessus des rives du lac.

Le temps d’avaler encore deux ou trois cuillérées des célèbres fagiolo del Purgatorio et elle serait là, aucun doute maintenant. C’était bien pour ce soir.


Subitement, dans un silence total, cette fois, l’émotion s’empara de tous : la luna, la luna…

Assister à un lever de lune sur les bords du lac de Bolsena, c’est une expérience indicible. Les eaux du lac reflètent sa majesté et les spectateurs restent ébahis, chacun happé par des pensées personnelles.

Certains imaginent qu’en une telle soirée, la Cité étrusque de Vesentinum sur le Mont Bizenzio pourrait s’animer à nouveau dans ce clair-obscur où l’on distingue toutes sortes de formes et de mouvements. Une des convives se rappelle que c’est par une nuit de pleine lune qu’elle a enfanté. Un autre se remémore les nuits de pleine lune au cours desquelles les patients ne trouvent pas le sommeil et sur lesquels il faut veiller patiemment jusqu’au petit matin. Un autre se souvient d’avoir déjà dévoré quelques romans lorsqu’au cours de ces nuits bien particulières, il n’arrivait pas à trouver le sommeil.

Mais tous espèrent secrètement voir surgir la célèbre Reine des Goths, resplendissante et vénérée sur les rives de ce lac.

Je veux parler d’Amalasuntha, qui trouva la mort sur l’île volcanique de Martana, après y avoir été emprisonnée puis assassinée par son mari.

Amalasuntha pourrait bien réapparaître, au cours d’une nuit de pleine lune, et sortir des ruines du monastère pour emprunter le tunnel qui, selon la légende, relie l’île de Martana à la terre ferme.

Les plus rêveurs imaginent aussi que, de la cavité située sur l’île Bizentina, qui conduirait, selon les rumeurs locales, vers Agartha, le centre de la terre pourrait se rouvrir sous l’effet de la nouvelle lune et leur permettre de comprendre les mystères de la vie. Tous sont saisis par l’émotion et méditent quelques minutes encore. La magie est forte et cette soirée sera mémorable.

Elle sera inscrite dans nos mémoires comme l’une de ces soirées qui soudent les amitiés et renforcent les liens parce que l’on a vécu un évènement fondateur ensemble. La magie s’éloigne petit à petit et c’est une autre féérie qui s’installe. Celle du repas partagé entre amis avec rires et échanges sur la vie.

Au retour, on admire encore la magie de la lune sur les eaux du lac et en particulier, sur le coin du port, où ses reflets donnent une couleur bien particulière aux bateaux de pêche qui stationnent là.

Ce soir, quelques-uns tentent l’aventure de la pêche de nuit sous les reflets soyeux de la nouvelle lune.

Un promeneur les regarde s’éloigner et admire les reflets de Capodimonte par une nuit de pleine lune.


Il est temps de rentrer car demain, il sera temps de planter les jeunes plants promesses de nouvelles récoltes et de bons mets à cuisiner, car la lune est porteuse de vie, d’énergie, de dynamisme et cela nos deux fées jardinières le savent bien.


Par Nathalie

Un commentaire Ajouter un commentaire

  1. Avatar de Leycuras Leycuras dit :

    Encore une fois le bonheur de te lire nath !! bravo

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